Rencontre avec Charlotte, responsable de production chez 1083

Posté le Friday 22 Nov 2019 par Alice

Comment es-tu arrivée chez 1083 ?

J’ai fait une classe prépa à Grenoble pour devenir ingénieure, mais je ne voulais pas rester dans le monde des maths et de la recherche. J’ai découvert par hasard une école d’ingénieurs spécialisée dans le textile, à Roubaix. Elle abordait l’ingénierie sous un autre angle, avec à la fois un aspect technique, humain et aussi créatif lié à la mode. C’est là-bas que je suis partie faire mes études. J’ai choisi de m’orienter vers les métiers de la distribution dans la filière de l’habillement. En 2e année, j’ai mis un pied dans le Made in France grâce à un stage dans une petite startup à Paris. Différents témoignages m’ont donné envie de travailler ailleurs que dans de grosses boîtes qui font produire d’énormes volumes à l’étranger. Mauvaises conditions de travail pour les ouvriers, pas de contact direct avec les fournisseurs… Thomas avait posté une annonce à mon école, et c’est comme ça que je suis arrivée en stage à 1083, dans ma région d’origine. Après mon stage, j’ai été embauchée.

Le premier jour de Charlotte chez 1083, le 2 février 2015 - Ah les stagiaires et la photocopieuse... ;-)

En quoi consiste ton travail à 1083?

Je m’occupe des achats de matières et de toutes les étapes nécessaires à la fabrication des produits finis. Pour les jeans, il y a d’abord l’acquisition du tissu, puis la teinture et l’ennoblissement, qui consiste à stabiliser le tissu au moment du lavage pour éviter qu’il ne rétrécisse. Je dispatche ensuite la toile aux différents ateliers pour la coupe. Je commande aussi les fournitures: Zip, boutons, étiquettes… L’autre partie de mon travail, c’est la gestion de production – la prod. Chaque semaine, en fonction de nos stocks, de nos besoins, des plannings et des capacités de prod de chacun, je passe commande aux ateliers pour la confection des jeans.

Avec combien d’ateliers es-tu en relation ?

Pour les jeans, on travaille actuellement avec quatre ateliers, dont le nôtre à Romans. On en recherche d’autres en plus pour augmenter nos capacités de production. Pour nos sneakers, un atelier assure la coupe et le piquage, deux autres le montage. Pour nos t-shirts, un atelier nous livre directement le produit fini. Et c’est le sandalier romanais Max Vincent qui fabrique nos nu-pieds. C’est vraiment agréable d’avoir une relation de proximité avec tous ces fournisseurs. On n’est pas juste donneur d’ordre, c’est amical. On a beaucoup de contacts par téléphone, par mail, et je me déplace régulièrement dans leurs ateliers.

Quels liens as-tu avec les autres métiers de l’équipe 1083 ?

Je supervise le développement de produit qui est géré par Charline, chargée de collection, et Clémentine, modéliste. Selon leurs demandes en termes de style et de mode, je leur indique ce qui est faisable ou pas dans le cadre de notre production, quelles sont les contraintes industrielles… en veillant à ne pas trop brider l’aspect créatif pour autant ! Et puis deux fois par an, on établit un plan de collection pour la saison suivante, avec Grégoire, Thomas, Angéline et le pôle marque. C’est à ce moment-là qu’on définit quels seront les nouveaux modèles et ceux qui seront reconduits. Je m’occupe de faire un retour sur les ventes de l’année précédente pour prendre en compte ce qui a plu. Je suis aussi chargée du développement de nouvelles toiles.

Quelles sont les toiles en préparation ?

Pour proposer un jeans skinny avec un effet seconde peau, on travaille actuellement sur une toile avec plus d’élasticité. On fait aussi des essais avec d’autres matières que le coton, comme le lin. Et on cherche en continu à améliorer nos toiles existantes, pour renforcer leur stabilisation et donc diminuer le retrait au premier lavage, ou pour qu’elles soient par exemple plus douces au toucher (pour cela, on « gratte » davantage la toile au moment de l’ennoblissement). On mène ce travail de développement principalement avec notre tisseur Tissage de France. En fonction de nos besoins et d’échantillons d’autres vêtements qu’on lui apporte, il nous oriente sur le fil à choisir, etc. On fait ensuite un essai avec quelques centaines de mètres de toile, et si ça convient, on démarre la prod. On vient également de lancer une toile 100 % en polyester recyclé, Seaqual : ça y est, elle est en prod !

Peux-tu nous initier à quelques termes techniques de ton quotidien ?

Il y a l’« OF » ! C’est l’ordre de fabrication, autrement dit le bon de commande détaillé à la taille. Par exemple, je peux avoir un OF qui correspond à 500 jeans 203 répartis sur plusieurs tailles : 26-30, 26-32, 30-32… Chaque OF est associé à un numéro, et quand on échange avec les fournisseurs, on utilise ce chiffre. Pour la commande de tissu, on a beaucoup de mots techniques. On parle tout le temps de titrage, de grammage, de contexture… Le grammage d’une toile, c’est le nombre de grammes par mètre carré, ça définit donc l’épaisseur. Le titrage, c’est la finesse du fil de chaîne et du fil de trame (les fils en long et en large qui forment la maille du tissu). La contexture, c’est la façon dont les fils sont entremêlés.

Qu’est-ce qui te plaît dans ton métier ?

J’aime le contact avec les ateliers, le côté organisationnel avec la gestion des plannings, etc., le chalenge d’arriver à livrer dans les délais, et puis le fait que chaque journée est différente. La prod, c’est plein d’aléas auxquels il faut trouver des solutions ! Bien sûr, c’est un aspect qui n’a pas que des bons côtés. Certaines situations sont parfois stressantes, comme quand un atelier m’appelle à 7 heures du matin pour m’annoncer qu’il n’a plus de fil ! Mon travail, c’est d’avoir prévu ce qu’il faut pour régler rapidement le problème.

Quels sont tes défis, actuellement ?

À nos débuts, grâce au super succès qu’on a rencontré, le nombre de commandes a grimpé à un niveau supérieur à notre capacité de production. Cela a entraîné des retards de livraison. Les prospections pour trouver d’autres partenaires ont pris du temps, puis il a fallu mettre en place la production dans ces nouveaux ateliers. Grâce à tout ce travail, on a pu finalement rattraper le retard, et même constituer du stock ! Notre objectif est aujourd’hui de maintenir ce stock. Nous continuons à démarcher d’autres ateliers pour répondre aux demandes de nos clients. L’autre défi actuel, c’est de faire évoluer notre outil informatique pour mieux gérer les achats et le stock. Le nombre de modèles et les quantités produites ont beaucoup augmenté, et nous avons aussi plus de sous-traitants. Notre système n’est donc plus adapté. Ce mois-ci, j’ai justement été rejointe par Sara, stagiaire de la même école que moi, qui va m’aider sur le sujet !

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