L'industrie du textile : le monde d'après

Posté le Wednesday 23 Jun 2021 par Alice

L’ébranlement qu’a provoqué la crise du Covid-19 offre une occasion exceptionnelle d’observer les forces et les faiblesses de nos organisations. A partir d’une série de constats, on vous propose de se poser des questions pour mieux envisager ensemble le monde du textile… d’après!

Dégringolade des achats de mode : notre look a-t-il souffert ?

Dans le secteur du textile, la chute des ventes qui s’est amorcée durant le premier confinement a été spectaculaire, de l’ordre de moins 50% pour les grands groupes de la fast fashion. Même si les achats sont repartis depuis, les experts du marché tablaient à la mi-année sur une baisse d’au moins 12% des ventes mondiales sur 2020.

Avec près de 90% des boutiques fermées sur la planète au plus fort des confinements et une perte de revenus qui encourageait chacun à consommer moins, nous nous sommes dispensés d’acheter des tonnes de vêtements. Cette rupture dans nos actes d’achat a-t-elle été problématique pour chacun d’entre nous ? Nous sommes-nous trouvés face à des impasses vestimentaires – difficultés techniques de nous habiller le matin, écroulement irréversible de notre style ? Le fait d’acheter moins d’habits a-t-il vraiment impacté notre bonheur de vivre ? Le fait est que non…

Bon gré mal gré, le ralentissement lié à la crise nous a engagé sur la piste de la slow fashion. Cela nous a fait expérimenter collectivement le «consommer moins». Il semble que nous ayons passé le test avec succès. Aujourd’hui, dans le monde d’après, n’est-ce pas le moment de continuer ?

Chute des importations : que deviennent les ouvriers jetables ?

Les annulations de commandes en direction des pays producteurs, avec en tête le Bangladesh, la Chine et le Cambodge, ont provoqué un arrêt en masse des usines et une perte d’emploi temporaire ou définitive pour des millions d’ouvriers du textile. En mai, on comptait, par exemple, une centaine d’usines cambodgiennes fermées et plus de 100000 ouvrières privées d’activité.

Depuis la catastrophe du Rana Plaza en 2013, le mouvement Who made my clothes ? lancé par le collectif Fashion Revolution, nous invite à nous interroger sur ces petites mains qui confectionnent nos vêtements. Cet intérêt porté aux personnes qui se cachent derrière nos produits de mode est d’autant plus fondamental aujourd’hui. La transition écologique que nous devons amorcer mondialement doit précisément replacer le respect des femmes et des hommes au centre de nos modes de production.

L’engagement des marques éthiques pour favoriser la fabrication responsable et équitable est inestimable dans ces situations de crise. Les ouvriers travaillent dans de bonnes conditions et perçoivent un salaire juste. Un lien s’est tissé durant des années avec les usines et ceux qui y travaillent. Contrairement à la plupart des marques du textile, leur modèle économique ne repose pas sur des volumes de production gigantesques créés à bas coûts et vendus à bas prix. C’est avec ces marques responsables que l’on peut envisager un rebond pour les salariés lorsque surviennent des diminutions d’activité de grande ampleur comme celle liée au Covid.

Fabrication de masques : les industries françaises réinvesties ?

Depuis des décennies, l’industrie textile française a été démantelée, délocalisée …Et pourtant, lors de la pénurie de masques, elle a répondu présente. Plus de 250 entreprises françaises se sont mobilisées pour se convertir en fabricants de masques réutilisables. En un rien de temps, elles ont su se réorganiser et confectionner pas moins de 2,5 millions de masques par jour dès le mois de mai. En optimisant leurs processus, elles ont ensuite atteint une production quotidienne de 10 millions d’unités. La fabrication de surblouses a dans la même logique été assurée par des corsetiers, des fabricants de linge français…

Grâce à cette crise, les Français ont pu se rendre compte que si elles sont devenues rares, les industries françaises du textile existent. Elles sont réactives, volontaires et disposent d’un savoir-faire encore bien vivant. Acheter des masques français a préparé le terrain pour le monde d’après. Pour le moment, 5% des vêtements vendus en France sont Made in France. Et si on se mobilisait pour faire grimper durablement ce petit pourcentage, à travers une réindustrialisation nouvelle ère, à la fois à petite échelle et éco-responsable ?

La pandémie a mis un coup de projecteur sur l’importance de disposer d’industries locales, capables de produire en France, mais également d’utiliser des ressources françaises. D’où l’importance de booster aussi notre capacité à recycler le textile! Nouvelle encourageante : en pleine pandémie, l’Union européenne a exposé la feuille de route de son Green Deal (Pacte Vert), un programme qui vise à rendre notre économie propre et circulaire. Dans ce cadre, nos pays européens ont pour la première fois défini des actions communes pour le textile. Parmi les principaux axes retenus, on retrouve l’écoconception, le réemploi et le recyclage. Et cet automne, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a justement lancé un appel à projets pour structurer la filière autour du recyclage. D’ici 2025, elle cherche à doubler la capacité française de recyclage des vêtements, des chaussures et du linge de maison mis sur le marché.

Confinement Made in France : même pas peur ?

Frontières et magasins fermés, portes closes… Vivre le confinement et l’après quand on est une entreprise de vêtements Made in France, qu’est-ce que ça change ? Les marques de mode qui ont fait le choix de fabriquer localement leurs produits investissent depuis des années pour recréer des chaînes de production courtes. Les principes qui fondent leur développement sont de vrais atouts pour mieux gérer les conséquences de la crise.

Chez 1083, l’annonce du premier confinement a signifié la fermeture de nos cinq boutiques et de nos revendeurs. Mais notre recherche permanente d'équilibre entre nos ventes en magasins et en ligne nous a permis de maintenir une activité pendant ces quelques semaines. En effet, une partie de l’équipe travaillant au sein de notre siège historique de Romans-sur-Isère est restée mobilisée pour que le service logistique et le service client assurent un service minimum pour nos commandes Internet. Cette résilience a été possible grâce à notre organisation : pas de sous-traitance pour ces services qui sont internes à 1083. De la même manière, nos jeans, vêtements et chaussures sont confectionnés par de multiples ateliers partenaires afin d'assurer une filière en réseau. Nous avons ainsi maintenu nos commandes chez nos partenaires pour donner de la visibilité à chacun et continuer à développer notre activité.

Pour donner suite à la demande du monde médical et paramédical local, notre atelier de couture de Romans est devenu un atelier de confection de masques ! Face à la pénurie de protections pour les soignants près de chez nous, une chaîne de solidarité incroyable s’est organisée. De la fabrication à la distribution des masques, ce sont des centaines de personnes qui se sont mobilisées à nos côtés ! Parallèlement à cet élan, une prise de conscience collective sur la nécessité de consommer localement a permis à notre entreprise de voir ses commandes sur internet connaître un bond incroyable. Si nous comparons la période de mai à novembre 2019 et celle de mai à novembre 2020 sur 1083.fr, la progression des ventes est de 81% !

Produire à moins de 1083km est la raison d’être de la marque 1083. Aujourd’hui, dans ce monde d’après, cette raison d’être fait encore plus sens. Notre modèle de relocalisation, de proximité, de réappropriation des savoir-faire résonne de plus en plus au sein de nos foyers, dans nos discussions, dans nos actes. Nous sommes desormais de plus en plus nombreux sur cette route des 1083 km. Et prêts à construire la suite, ensemble.

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