Rencontre avec Jasmina, productrice de citrons bio à Menton

Posté le Tuesday 23 Mar 2021 par Alice

Rencontre avec Jasmina, productrice de citrons bio à Menton

Quel est votre décor de travail ?

À Menton, les montagnes des Alpes viennent se jeter dans la mer. Le paysage est splendide. L’exploitation se situe à 3 kilomètres de la côte. On est tourné vers le Grammondo, le mont le plus haut du littoral, à la frontière entre la France et l’Italie. On voit aussi de jolis petits villages perchés, comme Sainte-Agnès. Notre terrain est en restanques, donc difficile à travailler. Il n’est pas possible de mécaniser les tâches avec la pente, tout est fait à la main. Notre exploitation est petite, avec environ 150 arbres. Il y a des citronniers, mais aussi d’autres variétés d’agrumes.

Votre chemin jusqu’au citron ?

Je suis arrivée au citron par mon compagnon, qui cultivait du citron ici. C’est un amoureux des arbres et il m’a transmis son virus ! J’ai toujours été liée à la terre. J’ai grandi en Lorraine et j’ai vécu à divers endroits, y compris à Romans-sur-Isère ! Je suis arrivée à Menton il y a 14 ans. Au départ, je pensais y rester seulement un an. J’avais des préjugés sur la Côte d’Azur... Finalement, je suis tombée amoureuse de Menton! Je suis agrumicultrice et également tapissière-sellière : je restaure des fauteuils dans mon atelier, qui se trouve sur l’exploitation.

En quoi consiste l’agrumiculture au quotidien ?

Il y a toujours du travail, entre la taille au moins une fois par an, l’arrosage, la récolte… Les pluies fortes sont devenues plus fréquentes et la ville est de plus en plus bétonnée, ce qui fait qu’avec la pente, il faut être attentif aux glissements de terrain et aux coulées de boue. Quand il pleut, on doit contrôler les rigoles pour s’assurer que l’eau s’écoule au bon endroit. On entretien les clôtures pour protéger le verger des sangliers. Il faut aussi veiller sur les systèmes d’irrigation, qui ont vite fait d’être rongés par les animaux ! Le climat étant presque tropical, tout pousse très vite. Il faut donc débroussailler sans arrêt. À Menton, on est envahi de mimosas. C’est un combat perpétuel, on les enlève et ils reviennent encore plus vigoureux… En agriculture biologique, on les arrache manuellement sans utiliser de produits.

La saison du citron ?

Si l’année est bonne, la récolte est possible de décembre à juin. Je trouve que les fruits d’avril sont les meilleurs, car leur peau est alors très sucrée !

Le citron de Menton est-il si spécial ?

Ça n’a rien à voir avec le citron d’Espagne, très acide, qu’on voit dans les grandes surfaces et qui n’est commercialisé que pour son jus. Tout se mange dans le citron de Menton. On peut croquer dedans comme dans une pomme. La peau est très épaisse et douce. Ce serait un sacrilège de n’utiliser que le jus ! Dans notre exploitation, on cultive aussi d’autres citrons comme le citron caviar, dont la pulpe est composée de petites billes qui ressemblent à du caviar, ou le citron lunario, de forme allongée.

À quoi correspond l’IGP citron de Menton ?

Pour avoir l’Indication Géographique Protégée, le citron doit être cultivé sur le territoire de Menton et respecter un cahier des charges. Le citron doit par exemple être cueilli à la main. On le coupe au sécateur en laissant quelques feuilles. Ces feuilles, qui arrivent non racornies jusqu’au client, sont un gage de fraîcheur. Pas plus de 48 heures séparent le moment de la cueillette de celui de la distribution. La terre où poussent les citronniers doit avoir une proportion importante de sable. On peut cultiver des citronniers à beaucoup d’endroits, mais les fruits n’auront pas le même goût. Ce qui fait le citron de Menton, c’est son sol et son climat irremplaçables ! Plusieurs variétés comme Santa-Teresa ou Euréka peuvent porter l’appellation IGP.

Pourquoi faire du bio ?

Il est grand temps de changer d’agriculture, on a largement saccagé notre environnement ! Pour les nouvelles générations de producteurs, le bio me semble une évidence. Dans notre exploitation, nous n’utilisons aucun produit phytosanitaire. On apporte juste de l’engrais compatible avec l’agriculture biologique, de l’eau, et rien de plus. Parfois, il nous arrive de devoir nettoyer les feuilles de quelques arbres au savon noir, s’ils sont atteints par des moisissures, par exemple. Cela prend énormément de temps. Ce genre de soins ne serait pas possible dans une très grosse exploitation. Nous attendons prochainement l’arrivée de 100 autres arbres. Ce sera un maximum pour nous !

Où vont vos citrons une fois cueillis ?

On revend une partie de nos récoltes à des marchands et à des transformateurs. Le reste est proposé à des particuliers du quartier, sous forme de paniers hebdomadaires. En plus du citron, en janvier et février, ils sont composés de clémentines, de mandarines et de kumquats ; de pomelos et d’oranges jusqu’en avril. C’est de loin le mode de vente que je préfère. Cela offre la possibilité à tout le monde d’avoir accès à des bons fruits bio, moins chers que sur le marché. On est vraiment dans la proximité.

Ce qui vous plaît dans votre activité ?

Le citronnier est un arbre merveilleux. Il est sans cesse en fruit ou en fleur, parfois les deux en même temps. Il y a toujours quelque chose à voir sur un agrume ! Le parfum des citronniers en fleur est incroyable, pétillant. Et puis les arbres sont généreux. Quand on s’occupe d’eux, qu’on leur apporte des soins, ils donnent toujours en retour. Le cadre est aussi superbe. Notre région est la plus tempérée de France, avec des étés frais et des hivers chauds. Notre potager est toujours luxuriant. La vie qu’on mène ici se rapproche de notre idéal : être au plus près de la nature. Grâce à notre potager et à nos poules, on arrive à se nourrir de façon pratiquement autonome.

Le citron est-il capricieux ?

Il demande beaucoup de surveillance. C’est une espèce délicate. Il adore l’eau et le soleil. Il faut énormément l’arroser. Comme la terre est sableuse, l’eau est bue très vite. Il ne supporte pas la neige, qui tombe heureusement très rarement ici. J’ai connu une année avec de la neige. Cela nous a fait perdre deux récoltes : celle en cours, et la suivante, puisque les fleurs avaient gelé. Par contre, contrairement aux cerises où la récolte doit s’effectuer en l’espace d’un ou deux jours, le citron offre l’avantage de pouvoir être cueilli de manière beaucoup plus souple.

Vos façons préférées de consommer le citron de Menton ?

Sous toutes ses formes ! J’aime le boire en infusion. Le faire au sel. En confiture, c’est idéal, car on garde tout. Dans les pâtisseries. Râpé en copeaux dans la salade.

Les conseils de Jasmina pour votre prochaine visite à Menton





Une sensation quand on met le pied à Menton ?

Le bien-être. Déambuler dans le vieux Menton donne l’impression d’être dans un grand village. Il y règne une certaine quiétude, une sérénité.

Un incontournable ?

Ses jardins : le jardin du Palais de Carnolès, le jardin du Val Rahmeh, la serre de la Madone… La ville elle-même est un jardin, une vraie balade en soi. Si vous venez à Menton, il faut aussi impérativement vous promener dans son arrière-pays. Il serait dommage de sous-estimer les charmes des villages limitrophes !

Vos bonnes adresses pour y manger ?

Dans le coin, on fait de très bonnes pizzas. Je vous conseille celles de chez Sini, rue des marins. C’est juste en face du sublime marché couvert. J’adore aussi la cuisine de La socca de mémé, place Saint-Roch. C’est un marchand ambulant qui travaille avec des agriculteurs autour de chez lui. Il propose des produits très frais d’une qualité exceptionnelle. Goûtez à ses soccas, des crêpes salées à base de pois-chiche et d’huile d’olive cuites au four ! C’est une spécialité de la région. Et puis il y a les barbajuans, de délicieux petits chaussons farcis de verdure.

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